Les animaux dangereux en Guyane font moins peur qu'on ne le croit

Les animaux dangereux en Guyane font moins peur qu'on ne le croit

Chaque fois qu'une amie prépare un voyage en Guyane, j'ai droit à la même question inquiète : est-ce vrai qu'on tombe sur un serpent ou une mygale à chaque sentier ? Les animaux dangereux en Guyane existent bel et bien, mais la réalité du terrain n'a pas grand-chose à voir avec l'image qu'on s'en fait depuis la métropole. Volontaire en protection animale et passionnée de faune sauvage depuis toujours, un peu comme pour le dragon de Komodo, souvent redouté à tort pour sa rapidité, j'ai voulu regarder ce sujet au-delà des légendes qui circulent. Et le vrai risque n'est pas toujours celui qu'on imagine.

La Guyane : une forêt équatoriale à l'état brut

Recouverte à plus de 90 % par la forêt amazonienne, la Guyane concentre une biodiversité parmi les plus riches de la planète. Les inventaires officiels y recensent :

  • près de 190 espèces de mammifères
  • plus de 560 espèces d'oiseaux nicheurs
  • environ 160 espèces de reptiles
  • une centaine d'espèces d'amphibiens
  • des centaines de milliers d'espèces d'insectes

Le paresseux, le singe hurleur, l'ara toucan ou le saïmiri y côtoient un millier d'espèces à plumes. De quoi combler les ornithologues qui s'y aventurent.

Cette richesse a un revers. Une partie de cette faune est aujourd'hui menacée. Le dauphin de Guyane, la tortue luth ou la loutre géante figurent parmi les espèces suivies de près par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), la référence mondiale en matière de conservation animale. La France abrite d'ailleurs d'autres espèces rares et menacées, comme le desman des Pyrénées, preuve que la vigilance sur la faune sauvage ne s'arrête pas aux frontières de l'outre-mer. Croiser l'une de ces espèces reste un privilège rare, à observer sans jamais s'approcher ni intervenir.

La Guyane : une forêt équatoriale à l'état brut

Y a-t-il des animaux dangereux en Guyane ?

La forêt guyanaise abrite bien sûr des espèces à respecter, chacune dans son registre. Voici les principales.

Les serpents

La Guyane compte une centaine d'espèces de serpents, mais une douzaine seulement représente un vrai danger pour l'homme. Le fer-de-lance, localement appelé "grage" (Bothrops atrox), est responsable de la majorité des morsures graves. Il se camoufle dans la litière forestière et sa morsure demande une prise en charge médicale immédiate. Le bushmaster, ou grande vipère des bois, est le plus grand serpent venimeux du continent. Le serpent corail, reconnaissable à ses anneaux colorés, possède un venin neurotoxique à action rapide. Le crotale des savanes complète cette liste restreinte.

Contrairement à ce qu'on imagine parfois, la France métropolitaine n'est pas non plus dépourvue de serpents venimeux : la vipère y est présente, avec un risque bien réel mais tout aussi limité qu'en Guyane si l'on respecte quelques règles de bon sens.

Si vous n'êtes pas sûr d'identifier une espèce, gardez vos distances. Ne tentez jamais de manipuler ou de tuer un serpent : c'est justement ce geste qui provoque le plus de morsures.

Les araignées

Une trentaine d'espèces d'araignées ont été recensées en Guyane, dont les fameuses mygales du genre Phoneutria, surnommées "araignées-banane". Leur venin neurotoxique est réellement puissant, mais les envenimations sévères restent exceptionnelles. Elles ne représentent qu'une fraction infime des accidents recensés, et les cas graves touchent presque uniquement de jeunes enfants. Ce que des années de bénévolat en protection animale m'ont appris, c'est que la réputation d'un animal dépasse souvent sa dangerosité réelle. C'est particulièrement vrai pour ces araignées, qui préfèrent fuir plutôt que mordre.

Les scorpions

Plusieurs espèces de scorpions vivent en Guyane, dont le Tityus Cambridgei, un petit scorpion noir aux pinces fines qui ne dépasse pas 10 cm. Sa piqûre est douloureuse mais rarement dangereuse pour un adulte. Les enfants restent les plus exposés : en cas de piqûre, une consultation médicale reste recommandée par prudence, surtout si des signes généraux apparaissent.

La fourmi paraponera

La fourmi paraponera, surnommée fourmi "24 heures" en Guyane, ne fait pas partie des espèces venimeuses. Sa piqûre, en revanche, provoque une douleur intense, comparée par ceux qui l'ont vécue à une blessure par balle, et qui peut persister près d'une journée entière.

Le caïman noir, le jaguar et les autres grands mammifères

Dans les fleuves et les marais, le caïman noir (Melanosuchus niger) est le plus grand prédateur aquatique de Guyane. Il reste généralement discret, mais il vaut mieux éviter de se baigner dans une zone non surveillée où sa présence est signalée.

Sur la terre ferme, le jaguar (Panthera onca) est le félin le plus emblématique de la forêt guyanaise. Solitaire et extrêmement discret, il évite presque toujours tout contact avec l'homme. Le puma (Puma concolor), plus petit et plus agile, partage ce même comportement fuyant. Les pécaris, ces cochons sauvages qui se déplacent en groupes compacts, peuvent en revanche devenir agressifs s'ils se sentent acculés, surtout si l'on s'approche de leurs petits.

Ces rencontres restent rares. La plupart des Guyanais vivent toute leur vie sans jamais croiser un jaguar ou un caïman noir en pleine nature.

Y a-t-il des animaux dangereux en Guyane ?

Quel est l'animal le plus dangereux de Guyane ?

S'il y a une espèce qui inquiète le plus les Guyanais, c'est la mygale du genre Phoneutria, la fameuse araignée-banane, ici représentée notamment par Phoneutria fera. Son venin neurotoxique compte parmi les plus puissants du monde animal : une dose de l'ordre de 0,05 mg suffirait à mettre en danger la vie d'un adulte de 75 à 80 kg. Ses pattes peuvent atteindre 13 à 15 cm pour un corps d'à peine 5 cm.

Mais dans les faits, ce n'est pas elle la plus dangereuse au quotidien. Les envenimations sévères par Phoneutria restent rarissimes, et les morsures mortelles documentées concernent presque uniquement de jeunes enfants, essentiellement au Brésil. Cette disproportion entre la peur et le danger réel n'est pas propre à la Guyane : on la retrouve par exemple chez le requin, souvent injustement redouté alors que les accidents documentés restent très rares. Si l'on regarde les chiffres réels d'accidents en Guyane, c'est le fer-de-lance qui reste le serpent responsable du plus grand nombre de morsures graves, tandis que les piqûres d'hyménoptères, guêpes et abeilles confondues, demeurent la cause d'accident la plus fréquente sur le territoire.

Retenez surtout ceci : en restant sur les sentiers et en gardant vos distances avec toute espèce inconnue, le risque réel reste très faible. Ce n'est pas un hasard si les habitants de Guyane croisent rarement ces animaux au quotidien. Ils se tiennent loin des zones habitées et fuient la présence humaine.

Peut-on visiter la forêt guyanaise sans risque ?

Oui, à condition de respecter quelques règles simples. La grande majorité des visiteurs parcourt la forêt guyanaise sans jamais croiser un animal dangereux, à condition de rester vigilant et correctement équipé.

  1. Portez des bottes montantes et un pantalon long, même par forte chaleur : c'est la meilleure protection contre les morsures de serpent.
  2. Ne marchez jamais pieds nus la nuit et secouez vos chaussures avant de les enfiler, à cause des scorpions.
  3. Ne tentez jamais de toucher, manipuler ou tuer un animal que vous ne connaissez pas, aussi fascinant soit-il.
  4. Privilégiez une sortie accompagnée d'un guide local, qui connaît le comportement de la faune et les zones à éviter.

Si la fascination pour les serpents ne vous quitte pas après cette lecture, sachez qu'il existe des races de serpents domestiques légalement détenables, bien loin des espèces sauvages de Guyane qu'il ne faut jamais chercher à capturer.

Le plus grand risque d'un séjour en Guyane reste souvent la routine du voyage : une insolation, une déshydratation ou une glissade en forêt, bien avant une rencontre avec un serpent ou une mygale. Laissez ces animaux vivre leur vie sauvage, loin de vous. C'est le meilleur moyen de repartir avec de belles observations, sans mauvaise surprise.

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